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64 rescapés et 1863 morts : La défaillance des secours

Le manque de communication a été la première défaillance dans l’organisation des secours aux naufragés du bateau Le Joola, la nuit du 26 septembre 2002. Au large de la Gambie, seules 64 personnes ont pu être sauvées par des piroguiers au petit matin.

Quand Le Joola commence à sombrer dans les eaux noires de l’océan, l’horloge marque 23h en cette nuit du 26 au 27 septembre 2002. Pour les 2000 personnes, passagers et équipage, embarquées dans les ventres du navire, commence alors une lutte pour la survie que des secours efficaces auraient pu atténuer. Mais hélas, de 23h à l’aube, les voyageurs vont lutter contre les eaux et contre la froideur de la mort. Au petit matin, des piroguiers, qui étaient aux alentours, sont alertés sans doute par les corps sans vie qui flottaient dans l’eau. Ils seront les premiers à secourir les passagers. Mais que peuvent de petites embarcations devant une catastrophe d’une telle ampleur ? Des plus de 2000 personnes embarquées, seules 64 sortiront vivantes du navire. Vingt ans après, l’organisation des secours est encore interrogée et analysée. Mais il demeure clair que rien ne pouvait être fait en cette nuit funeste. L’absence de communication officielle aura coûté énormément de vies au pays. Si quelques tentatives timides s’organisent à Dakar le lendemain du naufrage, c’est-à-dire le 27 septembre, c’est de l’île de Carabane que partiront les premiers navires menés par un capitaine de vaisseau de la Marine nationale. Mais à l’arrivée de cet équipage de secours, il n’y avait plus personne à sauver. Les 64 rescapés avaient été évacués par des piroguiers. «Tout le reste des passagers a sombré au petit matin», témoigne avec regret, le président de l’Association des victimes du Joola. «Il est vrai que les gens se sont agités depuis Dakar, ont mobilisé des navires pour essayer de sauver des passagers, mais cela s’est passé 20 heures après le drame», se désole Boubacar Ba. En fait, de Dakar au lieu du drame par voie maritime, on ne peut pas faire moins de 10 heures ou 15 heures de navigation. «On ne peut pas dire qu’il y eu a réellement de secours si ce ne sont les piroguiers qui étaient aux alentours du Joola et qui ont pu intervenir et secourir les 64 rescapés», dira M. Ba.

Dernière escale du Joola sur sa route vers Dakar, c’est de l’île de Carabane, située dans l’embouchure du fleuve Casamance, que partira l’unique dispositif mobilisé de manière officielle pour le sauvetage des naufragés. Avec sa vedette militaire, ce capitaine de vaisseau de la Marine nationale a été la première personnalité officielle à arriver sur les lieux du drame. Les autres dispositifs de secours sont partis de Dakar, mais avec trop de retard. Certains partiront même de Dakar seulement le lendemain du drame. «Il leur a fallu pas moins de 10 heures pour arriver sur les lieux du drame. A leur arrivée, les rescapés avaient déjà été évacués par les piroguiers et ce au petit matin», témoigne encore Boubacar Ba.

Aly Haïdar, qui avait pris départ dès l’annonce de la tragédie, n’arrivera sur le site que plusieurs heures après. Avec ses plongeurs de l’Océanium, M. Haïdar prend la direction du Sud avec deux embarcations légères de 7 et 11 mètres pour tenter de porter secours aux victimes du Joola. «On ne pouvait pas ne pas partir», avait-il réagi à l’époque. D’après France Inter, ses plongeurs sortiront 368 corps du navire avant d’être stoppés par les autorités sénégalaises.

Un seul navire de secours mobilisé par les autorités
Dans la gestion des secours de cette tragédie, un élément suscite toujours des interrogations. En effet, vu l’ampleur du drame, comment comprendre que l’Etat du Sénégal n’ait affrété sur la zone du naufrage qu’un seul navire battant pavillon sénégalais et piloté par l’Armée à partir de l’île de Carabane. «En définitive, on peut dire qu’il n’y aurait pas eu de secours, n’eussent été les piroguiers arrivés en premier sur les lieux du drame au petit matin. Le bateau que l’Etat a mobilisé est arrivé très tardivement sur le lieu du drame, les rares survivants avaient été déjà évacués», soutient le président de l’Association des victimes du naufrage du Joola.

Fallait-il tirer le navire qui s’était retourné entretemps, dans l’espoir de retirer des corps. Aly Haïdar avait proposé cette idée de haler le navire vers la côte. «Nous, nous pensions que si on avait tiré le navire au large de la côte gambienne, on pouvait retirer beaucoup plus de corps que les 550», confirme Boubacar Ba. En termes de secours, condamne-t-il encore aujourd’hui, «il y a eu des défaillances au niveau de la communication. D’ha­bitude, un navire en difficulté lance une sorte d’alerte qui permet aux navires dans les alentours d’être au courant. Ce qui malheureusement n’a pas été le cas pour Le Joola. La difficulté inhérente au moment où le bateau était en détresse, n’a pas permis de lancer l’alerte, de mobiliser des secours et agir à temps. 64 rescapés sur près de 2000 passagers, le dégât est immense. Et quand il n’y a des interventions que plusieurs heures après le drame, on ne peut définitivement pas parler de secours».

Par Khady SONKO 

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